Allocution de M. OUYAHIA, Chef du gouvernement, à l'occasion du 10ème congrès des hommes d'affaires et investisseurs arabes

9 décembre 2003

Monsieur le Président,

Excellences,

Honorables invités,

Mesdames et Messieurs.

Permettez moi, tout d'abord, de vous souhaiter à vous tous la bienvenue dans notre pays et de vous dire toute la satisfaction que nous éprouvons à accueillir cette importante manifestation économique à laquelle nous sommes invités aujourd'hui.

Vous voudrez bien recevoir, en mon nom personnel et au nom de l'Algérie que vous avez bien voulu choisir pour abriter vos travaux, l'expression de toute ma gratitude et de toute ma considération. Je vous sais d'autant plus gré de ce choix que votre rencontre me donne une occasion très opportune de m'adresser à vous et, par-delà, à la communauté des entrepreneurs et hommes d'affaires arabes dont j'estime qu'elle a un rôle de tout premier plan à jouer pour jeter les bases d'un développement équilibré de l'ensemble de notre région.

Je tiens, à cet égard, à saluer tout particulièrement les efforts que ne cessent de déployer les organisateurs de ce Congrès, en l'occurrence la Ligue des Etats Arabes, l'Organe interarabe de garantie des investissements et l'Union générale des chambres de commerce des pays arabes pour non seulement raffermir les liens économiques et économiques et commerciaux entre les pays arabes mais surtout pour créer dans ce domaine une cohésion durable qui ne fera que renforcer la proximité des liens que nous connaissons depuis longtemps dans le domaine de nos relations politiques.


Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Je ne peux manquer de saisir cette opportunité que vous m'offrez de m'adresser à vous pour vous dire combien cette question du développement de l'investissement dans la région arabe, sur laquelle se focalisent, depuis de longues années maintenant, votre attention et vos efforts est, en réalité, au cœur d'une problématique plus vaste. Il me semble, en effet, que l'approche qui est la vôtre, qui se donne pour objet de rechercher en commun les voies et moyens d'accroître les possibilités d'investissements communs, de battre en brèche progressivement les obstacles qui peuvent gêner la circulation des capitaux tout en travaillant à satisfaire les besoins immenses de nos marchés et à créer des emplois, cette approche est très certainement la plus pertinente.

Je me dois de remarquer, à cet égard, que notre région a accompli des progrès remarquables pour ce qui est de l'élimination progressive des obstacles à la libre circulation des marchandises entre pays arabes. Le succès que connaît de plus en plus l'édification de la grande zone arabe de libre échange est un signe qui ne trompe pas quant à la justesse de la démarche empruntée jusque-là. Néanmoins, deux raisons fondamentales, au moins, me conduisent à penser qu'il faut aller encore plus loin:

-la première raison a trait au fait que le développement des échanges commerciaux est, certes, porteur de bienfaits pour tous, mais que l'état de dépendance économique dans lequel notre région se trouve plongée depuis longtemps constitue une limite objective que aurons très vite atteint et qu'il nous sera très difficile de dépasser. Qu'il s'agisse des technologies et des savoir-faire, des équipements les plus courants indispensables pour faire fonctionner nos économies, des biens nécessaires à notre santé et même à notre alimentation quotidienne, notre dépendance est telle qu'il nous faudra bien aller quérir ailleurs ce que nous ne savons pas encore produire et concevoir.

Du reste, il n'est pas jusqu'aux produits que nous produisons et exportons aujourd'hui qui ne risquent d'être eux même menacés par la concurrence mondiale si nous ne prévoyons d'investir ensemble, à une échelle régionale, pour continuer à être compétitifs. Les avantages que confèrent les démantèlement des obstacles douaniers et tarifaires sont certes importants pour lancer une dynamique " ils sont insuffisants pour conserver les marchés et doivent être relayés par des efforts soutenus d'investissements compétitifs sous peine de se transformer en freins à la croissance "

-la seconde raison, quant à elle, est inspirée directement de l'actualité internationale et des débats que nous voyons actuellement se dérouler dans des enceintes économiques multilatérales telles que l'Organisation mondiale du commerce. Nous pouvons ainsi y observer que les espaces économiques régionaux sont l'objet de profondes et sérieuses controverses, pour savoir s'ils sont un palier vers le multilatéralisme ou s'ils sont une alternative crédible à une organisation internationale devenue trop lourde.

Nous y observons également, à travers le débat sur l'ouverture des secteurs de services, que la problématique centrale est précisément celui des règles qui vont régir les flux internationaux d'investissements. Toutes ces évolutions nous montrent très clairement que, pour les pays arabes, la création d'un espace régional qui confère progressivement plus de liberté à la circulation des capitaux et des marchandises est un aspect tout à fait essentiel si nous voulons effectivement promouvoir une dynamique économique commune sur le long terme.

Ces observations préliminaires nous montrent ainsi à quel point votre rencontre d'aujourd'hui est d'une très grande pertinence, ce thème de l'investissement étant, à tous égards, une des questions-clefs pour l'approche du développement dans notre région. Il est d'autant plus crucial que notre région connaît des retards préjudiciables en matière de développement économique et que, malgré les très nombreux atouts dont elle dispose, elle a, au cours des trente dernières années, perdu beaucoup de terrain en comparaison avec d'autres régions du monde. Les chiffres que nous renvoient les organisations internationales (PNUD et Banque mondiale, notamment) sont tout à fait révélateurs de ces retards. Je citerais trois exemples chiffrés, qui sont tirés du dernier Rapport du PNUD sur le développement humain dans le monde arabe et qui, de mon point de vue, résument très bien l'état des lieux actuel:

-en premier lieu, il faut sans doute revenir sur cette idée très souvent colportée aujourd'hui, qui considère que les pays arabes sont des pays riches, alors que le PIB global consolidé de l'ensemble des 22 pays arabes, au début de ce siècle, reste encore inférieur à celui de la seule Espagne, soit près des 600 Millions de $ US. Certes, les politiques de stabilisation économique menées dans les années 90 ont abouti à contenir l'inflation et les déficits budgétaires.

Certes, également, des investissements considérables ont été consentis en matière d'infrastructures physiques, pour relancer la croissance économique. Néanmoins, les taux de croissance, encore insuffisants, restent en particulier vulnérables aux variations du prix du pétrole. En 1998, le revenu réel moyen (ajusté à la parité du pouvoir d'achat) par citoyen arabe ne représentait que 13,9% du revenu réel moyen par citoyen des pays de l'OCDE. Le nombre estimé de chômeurs dans la région arabe se chiffrait à près de 12 millions en 1995, soit un taux de chômage égal à 15% de la main d'œuvre. Si ce taux perdure, le nombre des sans-emploi devrait atteindre 25 millions en 2010. Le défi de la croissance et du développement économique reste donc entier au niveau de notre région;

-en second lieu, si le monde arabe investit massivement, l'efficacité de ces investissements, réalisés pour l'essentiel dans un cadre national et consacrés à la mise en place d'infrastructures et à la construction d'usines, est très limitée. Ainsi, bien que près de 3000 Milliards de $US aient été investis par les pays arabes entre 1980 et 2000, non seulement le PNB par habitant aura baissé durant cette même période, mais surtout, les effets réels en termes de transferts de technologies sont demeurés très faibles: ce qui a été transféré, ce sont des équipements et des moyens de production, pas des savoir-faire. La productivité du travail reste encore très faible et connaît une baisse continue. Le taux de croissance n'est que de 0,5% par année en moyenne et l'on estime que ii la tendance actuelle se prolonge dans les prochaines années, il faudrait en moyenne, au citoyen arabe, 140 années pour doubler son revenu, contre un peu moins de dix ans dans d'autre..\' régions du monde "

-en troisième lieu, il paraît de plus en plus manifeste que le monde arabe, en dépit de potentialités avérées, connaît des performances économiques nettement moins bonnes que les autres régions du monde. Selon les données de la Banque mondiale, notre région aura enregistré dans les années 1990-2000, un taux de croissance moyen de 0,9% seulement contre une moyenne mondiale de 2% et 6% dans la région de l'Asie de l'Est et du Pacifique. Le produit national brut par tête d 'habitant était supérieur à celui des "Tigres" asiatiques en 1960. Aujourd'hui, il est égal à la moitié de celui de la Corée du Sud. La productivité de la main d'œuvre industrielle des pays arabes représentait 32% de celle de l'Amérique du Nord en 1960, alors qu'aujourd'hui, elle est tombée à 19%. La diffusion du savoir est fortement contrainte dans le monde arabe par le fossé numérique, dans la mesure où l'on y trouve 18 ordinateurs/habitant contre une moyenne mondiale de 78,3, ce qui explique notamment que seuls 1,6% de notre population a accès à l'Internet. Enfin, au cours des vingt dernières années, le taux d'accroissement du revenu par tête d'habitant (dans les pays arabes) fut le plus bas au monde, abstraction faite de l'Afrique subsaharienne.

Si j'ai pris la liberté de rappeler devant vous ces quelques situations chiffrées, c'est pour simplement insister sur les défis qui nous attendent si nous voulons être à la hauteur des espoirs de nos populations.

Le contexte mondial actuel, caractérisé par une compétition de plus en plus féroce et de plus en plus accrue sur les marchés, fait que, très certainement, nous ne saurons gagner en efficacité si les réponses que nous apportons continuent à être conçues sur la base de la prise en compte des seuls contextes nationaux.

Cette réflexion m'amène tout naturellement à dire que la voie que vous avez tracée en organisant cette rencontre régulière des investisseurs arabes me semble être la plus fructueuse et la plus pertinente.

En effet, c'est un devoir pour nous de commencer à réfléchir aux voies et moyens qui permettent de faire fructifier en priorité les capitaux arabes dans les pays arabes et non pas de suivre la tendance facile observée jusque-là et qui voyait nos propres ressources s'investir dans les pays les plus riches et les plus industrialisés.

Ce n'est pas le moindre des mérites de votre rencontre que celui qui a consisté à ouvrir le débat à ce sujet et à démontrer que non seulement des opportunités existent dans les pays arabes pour nos investisseurs et qu'elles pouvaient même offrir des garanties de sécurité et de rentabilité au moins aussi bonnes que partout ailleurs dans le monde.

Certes, et pour avoir suivi ce débat que vous avez eu le courage d'ouvrir, je sais comme vous que beaucoup de travail reste encore à faire dans chacun de nos pays, de même qu'à l'échelle de notre ensemble régional, pour créer un climat plus attractif pour l'investisseur arabe et pour l'environnement des affaires, de manière plus générale.

A cet égard, il me semble que votre démarche, qui consiste précisément à considérer que toutes les difficultés actuelles ne sont pas fatales et peuvent être solutionnées avec un minimum de dialogue et de persévérance, traduit avant tout la foi qui vous anime en un avenir meilleur pour notre région et pour nos populations.


Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Puisque vous avez fait honneur à l'Algérie en la choisissant pour y tenir cette importante manifestation, permettez moi de vous faire part de quelques informations concernant non seulement les résultats que nous avons pu atteindre en termes d'organisation et de performances de notre économie, au cours des dernières années, ainsi qu'en termes d'opportunités croissantes pour l'ouverture de nos marchés à l'investissement arabe.

Je voudrais commencer par souligner que, même s'il nous reste encore beaucoup à faire, l'économie algérienne améliore ses performances de manière régulière:

-J'en veux d'abord pour preuve que, après être passés par une phase difficile, nous avons renoué avec des taux de croissance de plus en plus élevés au cours des dernières années: 2,4% en 2000.. 3,2% en 2001 .. 4,2 en 2002.. les prévisions de clôture pour 2003 se situent à 6,5% de taux de croissance du PIB. Ce taux remarquable en 2003 est tiré principalement par l'agriculture qui a connu un bond de 16%, par le BTP (7,5%), les services (6,7%) et les hydrocarbures (6,6%).

-Le secteur privé devient de plus en plus prédominant dans notre économie. L'économie étatisée disparaît graduellement sous la poussée remarquable des entreprises privées dans toutes les branches de l'économie. Les crédits au développement du secteur privé atteignent aujourd'hui 43,5% du total contre seulement 18% en 1996.

-Les équilibres financiers internes et externes sont aujourd'hui maîtrisés, les déficits publics ont disparu, l'inflation est sous contrôle. Tout cela dans une situation où la dépense publique a fortement augmenté en valeurs absolues comme en % du PIB et constitue une source majeure d'élargissement du marché des entreprises.

-L'ouverture du commerce extérieur est maintenant largement consacrée: l'accès aux importations est ouvert à toutes les entreprises; les taux de protection du marché interne ont fortement baissé au cours des dernières années; l'insertion progressive dans le commerce multilatéral et régional est activement recherchée et contribue à renforcer cette ouverture de nos marchés au commerce comme à l'investissement,. les importations et les exportations connaissent un croissance régulière, avec une intervention de plus en plus importante des entreprises privées; la balance commerciale est largement positive (+11 Mds de US$ en 2003); les réserves de change (31 Mds de $US afin 2003) représentent l'équivalent de quelques 30 mois d'importations.

Parallèlement aux bonnes performances ainsi obtenues, je dois insister sur le fait que nos ambitions vont beaucoup plus loin puisque nous estimons que la dynamique de croissance ainsi enclenchée devra se poursuivre à un rythme encore plus soutenu tout au long des 10-15 prochaines années, pour nous permettre d'arriver à améliorer plus sensiblement les conditions de vie de notre population, à faire baisser significativement le chômage et à relever le niveau de revenu moyen actuel.

C'est pour cette raison que nous avons choisi de poursuivre de manière résolue le processus de réforme en profondeur de notre économie. C'est ainsi que nous avons non seulement procédé depuis 2001 à la refonte de nos législations sur l'investissement, sur la monnaie et le crédit et sur le commerce interne et externe, en vue de les adapter au nouvel environnement économique national et à les rendre plus aptes à répondre aux besoins d'un développement de plus en plus rapide. Je voudrais insister devant vous, en particulier, sur la nouvelle loi relative aux zones franches qui offre aux investisseurs un cadre de travail simplifié et compétitif qui vous permettra d'exploiter au mieux les nombreuses opportunités d'investissement que recèle notre marché.

A cet égard, je ne doute que les rencontres que vous ne manquerez pas d'avoir avec les entreprises algériennes porteuses de projets vous édifieront sur nos potentialités dans des domaines d'activités nombreux et diversifiés. Je voudrais pour ma part insister particulièrement sur quelques uns des projets nationaux les plus porteurs, et notamment ceux liés:

-au développement de la zone franche de Bellara, une zone aménagée de 500 Hectares, au Nord Est du pays, reliée à un port important ainsi qu'aux principaux axes routiers et ferroviaires;

-au projet de pole technologique de Sidi Abdellah, au sein de laquelle nous sommes engagés dans la construction d'un important centre de développement et de recherche dans le domaine des technologies de l'information et de la communication "

-à l'important programme national de privatisation qui englobe des secteurs aussi variés que ceux des cimenteries, de la chimie, du transport, du tourisme, etc. "

-à tous les projets liés à la réalisation du programme public de soutien à la relance économique, un programme qui couvre tous les secteurs d'infrastructure et notamment la réalisation de barrages, d'autoroutes, de réseaux d'électrification, d'approvisionnement en eau potable, de dessalement d'eau de mer, etc.


Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Si j'ai voulu vous donner ces quelques indications sur l'état actuel du développement de notre économie et sur ses perspectives, c'est avant tout pour vous donner une image la plus concrète possible des projets sur lesquels nous sommes aujourd'hui engagés et parce que je suis convaincu que les entreprises arabes sont de plus en plus nombreuses à disposer des compétences et des ressources pour pouvoir participer effectivement à sa réalisation.

C'est également pour exprimer ma confiance dans cette nouvelle dynamique qui s'engage à travers l'ensemble des pays de notre région et qui amène progressivement les capitaux arabes à se tourner de plus en plus vers nos marchés, au fur et à mesure que les efforts que nous avons engagés pour améliorer le climat des affaires dans nos économies, s'intensifient et portent leurs fruits.

Depuis les événements du 11 septembre les capitaux arabes savent maintenant que, s'ils doivent rechercher des opportunités de placement dans le vaste monde, il reste qu'ils ne pourront nulle part disposer d'une plus grande sécurité, ailleurs que dans leur région d'origine.

Cette dynamique qui est maintenant amorcée et pour laquelle la tenue régulière des assises des investisseurs arabes sert de tremplin, nous devons travailler de concert à la renforcer en mettant de plus en plus de cohérence dans nos actions, avec l'implication indispensable de l'échelon politique, bien entendu, mais aussi et dans le même temps avec celle des investisseurs, des porteurs de capitaux, de la communauté scientifique dans nos différents pays et bien sûr, de nos organisations économiques régionales.

Soyez assurés que 1'Algérie, pour sa part, appuie sans réserves cette démarche qui est la vôtre et qu'elle ne ménagera aucun effort pour appuyer cette dynamique du développement de l'investissement inter-arabe.

Je souhaite plein succès à vos travaux.