Allocution de Monsieur Abdelaziz BELKHADEM aux Assises nationales sur l'industrie

(Discours du Président Abdelaziz BOUTEFLIKA )


 

« ASSISES NATIONALES SUR L'INDUSTRIE »

Alger, Palais des Nations
Le 26 février 2007
 

Le chef du Gouvernement, M. Abdelaziz BELKHADEM, a lu lundi à l'ouverture des premières Assises nationales sur l'Industrie, une allocution du Président de la République, M. Abdelaziz BOUTEFLIKA, à l'adresse des participants. Voici le texte intégral de cette allocution :

''Mesdames, Messieurs,

 

J'ai grand plaisir à être parmi vous à l'occasion de l'ouverture de ces Assises qui revêtent une grande importance pour l'avenir de notre économie nationale du fait qu'elles s'assignent pour objet d'approfondir le débat, dans un cadre concerté entre pouvoirs publics, opérateurs et partenaires sociaux en général, sur le développement du secteur industriel.

 

La stratégie de relance et de développement industriels s'inscrit dans notre stratégie économique globale qui repose sur une vision nouvelle du devenir de notre économie et de notre société, et qui est fondée sur la liberté d'entreprise, la rationalisation économique et le renforcement du système de solidarité sociale.

 

La paix, la stabilité et la cohésion sociales sont des déterminants essentiels de la croissance économique et constituent, avec le rétablissement des grands équilibres macro-économiques et la réhabilitation de l'État, le socle sur lequel peuvent se consolider la démocratie et le développement économique et social.

 

Notre première priorité est allée à la réconciliation et au rétablissement de la concorde civile. La paix revenue, il était nécessaire de renforcer la cohésion sociale en assurant, avec le Programme de Soutien à la Relance Économique, le redémarrage des activités économiques notamment sur le plan local.

 

Mais le développement économique durable exige des bases stables pour l'économie nationale. Notre deuxième priorité a donc été de mettre en place les conditions d'une stabilité macro-économique dans une perspective de moyen terme, car nous devons nous assurer que nos populations ne connaîtront plus jamais ces retournements économiques qui ont conduit à une crise financière majeure.

 

Une telle politique nécessite un État efficient et un appareil d'État dynamique. Il fallait donc rétablir l'État dans son statut de responsable des objectifs économiques à moyen et long termes et dans son rôle d'initiateur et promoteur du programme de transformation et de développement de l'économie nationale. Il fallait également mettre en place un cadre et des mécanismes de concertation tel que le Pacte Économique et Social avec les opérateurs économiques.

 

La stabilité politique et sociale ne peut assurer le développement durable sans la mise en oeuvre et la réussite d'un projet économique réaliste mais audacieux.

 

C'est ainsi que l'industrialisation, c'est-à-dire le développement dense d'activités industrielles interdépendantes, doit s'insérer dans notre objectif d'assurer à notre société une progression sans heurts vers la paix et la prospérité.

 

Mesdames et Messieurs,


La stratégie nationale de croissance économique doit naturellement prendre en considération les grandes mutations de l'économie mondiale.

Les pays développés et leurs entreprises multinationales, tout en continuant à dominer le marché, n'ont plus le monopole de la technologie et du savoir-faire. De grandes entreprises basées dans les pays du Sud deviennent des acteurs majeurs sur le marché mondial.

 

Ainsi, pour la première fois, depuis deux siècles, le rapport de force Nord-Sud commence à changer et cette tendance non seulement se maintiendra, mais elle sera renforcée et rendue irréversible. La meilleure démonstration en est apportée par la situation de l'économie mondiale qui affiche une croissance soutenue grâce aux performances des pays émergents. En tous les cas, la situation structurelle du marché mondial est favorable aux pays du Sud dans le sens où elle permet la démultiplication des acteurs, la diffusion du pouvoir et des moyens d'action, faisant de chacun d'eux un acteur potentiel dans les relations économiques internationales.

 

Je ne citerai, de ce nouveau contexte international, que quatre conséquences significatives pour notre pays :

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Notre paradoxe est que notre économie bénéficie d'un taux d'investissement qui a été et qui reste encore un des plus élevés alors que ses performances sont insuffisantes pour assurer un décollage définitif.

 

L'explication d'un tel paradoxe est à rechercher dans la structuration du cadre de fonctionnement de notre économie. Nous devons transformer notre système économique si nous voulons que les investissements nationaux s'accroissent, que nos entreprises deviennent plus efficientes et notre taux de croissance atteigne les niveaux nécessaires pour un développement durable.


C'est là que réside le cœur de notre stratégie de croissance économique. La réussite des politiques de profonde transformation que nous avons engagées pour lever les rigidités de notre économie est absolument nécessaire. Je rappelle que ces politiques, toutes mises en œuvre maintenant, concernent l'émergence d'un marché financier diversifié et intégré, la constitution et la consolidation d'un marché transparent du foncier économique, le renforcement de la transparence et du caractère concurrentiel du marché. La création et le développement de ces marchés sont étroitement liés à la mise en oeuvre des initiatives prises en ce qui concerne la modernisation et la réhabilitation des rouages administratifs de l'État et du système judiciaire. Cette mise en oeuvre doit être accompagnée du développement significatif des ressources humaines et du développement des infrastructures nationales inscrites dans notre Programme quinquennal.


Notre but est d'assurer une croissance économique durable, de résorber le chômage et de relever le niveau de vie et de bien-être de notre population. Le chemin que nous avons choisi n'est pas le plus simple ni le plus facile. Mais il est à la mesure de notre histoire et de notre volonté.


L'industrie sera pour nous un instrument puissant si nous voulons être à la hauteur de nos ambitions politiques et stratégiques dans la sous-région méditerranéenne. Avec nos ressources naturelles et notre expérience en matière d'industrialisation, nous avons largement les moyens de relever ce défi.
 

Mais, Mesdames et Messieurs,
 

Le choix de l'industrie comme secteur stratégique se justifie au moins pour quatre raisons :
 

Nous pouvons considérer que la période 2000-2004 n'était pas une période de croissance, mais une période de stabilisation et, sur le plan économique, de clarification doctrinale. Durant cette période, nous avons pu refonder le cadre juridique économique et le mettre en adéquation avec les références et les pratiques internationales, lever les confusions institutionnelles et mettre en cohérence les politiques publiques. Enfin, l'entreprise a été mise au centre des actions de relèvement de la productivité.
 

Cette vaste entreprise de recentrage de l'économie nationale a concerné directement le secteur industriel : ainsi, le taux de croissance du secteur manufacturier, bien que très faible, est maintenant positif. La part de l'industrie dans la production nationale (qui est de l'ordre de 6 % et se situe à un niveau bien inférieur à celui de l'industrie dans les pays de la sous-région ), reste encore faible. Pourtant, ce secteur recèle des potentialités importantes. La phase qui s'est ouverte en 2005, et qui a accéléré la transformation structurelle du cadre de fonctionnement de l'économie nationale, doit donner maintenant à nos entreprises l'impulsion supplémentaire pour prendre leur essor.
 

Proposer une politique industrielle revient à faire le choix entre deux options : (i) réformer seulement l'environnement institutionnel et économique national et suivre les recommandations des Institutions Financières Internationales à savoir, laisser les agents économiques et les investisseurs décider souverainement de leurs choix et les forces du marché jouer librement ou (ii) alternativement, adopter un programme qui cible certaines filières industrielles en vue de leur promotion, compte tenu de leurs effets d'entraînement, de leur compétitivité et des objectifs d'exportation de la Nation.
 

L'expérience montre que le marché seul n'assure pas la meilleure affectation des ressources pas plus que la gestion étatique seule. Dès lors, il faut mettre le marché en situation de transparence et d'efficience, l'État devant intervenir pour corriger les défaillances du marché et faire pleinement jouer les externalités. Il a, dans ce cas, besoin d'un cadre de politique publique clairement formulé.
 

L'État a d'autant plus besoin d'un tel cadre que notre économie traverse une période de transformation profonde. L'intervention de l'État, dans cette perspective, ne traduit pas un désir de revenir à des méthodes de gestion de l'économie dirigée, mais elle permettra de disposer d'objectifs et de moyens pour encourager et amener les entreprises nationales vers des conditions optimales de production, assurer une redistribution des revenus qui encourage la croissance et de définir au mieux le positionnement international de notre économie.
 

En clarifiant les directions fondamentales de notre processus global d'industrialisation, la stratégie de relance industrielle permettra de préciser la nature de nos objectifs et des moyens nécessaires pour assurer notre avenir économique. Cette plus grande visibilité est un élément essentiel non seulement pour la cohérence de la stratégie de développement économique globale mais également pour la promotion de l'investissement national et étranger.
 

Par ailleurs, compte tenu de la structure actuelle de notre système de production, la promotion des exportations hors hydrocarbures et le relèvement du poids de l'industrie dans la production nationale doivent être des objectifs essentiels en vue de diminuer la vulnérabilité de notre économie et réduire sa dépendance des hydrocarbures. Nous disposons pour cela d'un certain nombre d'atouts tels que la disponibilité de ressources naturelles stratégiques, particulièrement le gaz, de jeunes cadres formés, d'un coût salarial compétitif et, enfin, d'une histoire et d'une expérience industrielle de plusieurs décennies qui appellent à être capitalisées.
 

Notre stratégie de développement industriel doit s'inscrire dans le prolongement et la continuité des réformes économiques que nous avons lancées. Cette stratégie devrait également permettre à notre pays de s'insérer dans le marché international sur des bases de compétitivité.
 

Notre économie nationale est nécessairement influencée par le rythme rapide des innovations et du développement de la technologie, de même que par l'internationalisation de plus en plus poussée des activités économiques. Les réalités du monde actuel rendent nécessaire le recours à des stratégies industrielles nouvelles fondées non seulement sur l'accumulation du capital physique, mais également sur la préparation d'un terrain favorable à la constitution par les entreprises de capacités leur permettant d'affronter la concurrence internationale.
 

Notre stratégie de relance et de développement industriels a pour objectif essentiel de mettre l'économie nationale en état de s'industrialiser d'une manière endogène et spontanée. De ce fait, la stratégie de relance et de développement industriels obéit aux principes de base suivants :
 

La stratégie doit s'inscrire dans un espace supra national. Le développement des activités industrielles doit aller au-delà du seul cadre du marché national.
 

Elle doit s'inscrire dans une stratégie globale plus vaste qui vise à faire de notre pays un centre compétitif efficient, créateur de valeur ajoutée élevée à travers la transformation du système économique et un développement significatif des infrastructures et des ressources humaines.
 

Elle doit s'appuyer sur les avantages naturels dont nous disposons mais aller également à la généralisation de l'innovation, au progrès technique et au développement des ressources humaines expertes, en recourant à la mobilisation de l'investissement direct étranger.
 

L'implication de l'État dans la relance industrielle impose pour lui un choix des branches industrielles à promouvoir.
 

Bien entendu, tout investisseur reste libre, comme le stipule la loi, d'opter pour l'activité industrielle qu'il souhaite et dans les conditions qu'il choisit tout en bénéficiant des avantages prévus par les dispositifs d'encouragement à l'investissement ; mais le gouvernement se charge plus particulièrement de promouvoir les industries qui permettent de relancer les grands chantiers économiques visant à exploiter et à valoriser, de façon compétitive, nos ressources naturelles et humaines et qui donnent la possibilité à notre économie de reprendre pied sur le marché international et notamment sous-régional, du fait de notre appartenance à l'Accord d'Association avec l'Union Européenne et au poids qu'occupe l'Europe dans notre balance commerciale.
 

Le pays doit retrouver sa place de leader régional dans la pétrochimie, dans la production d'engrais et faire revivre ses industries sidérurgiques et métallurgiques puisqu'il dispose des ressources naturelles nécessaires pour cela. De plus, le développement de ces filières permettra de développer en aval les industries dérivées qui irrigueront le tissu économique.

D'un autre côté, l'activité industrielle ne doit plus rester confinée dans les activités de conditionnement et d'emballage ou de la dernière transformation des produits. Ces filières doivent être redéployées vers les segments d'activité plus en amont et à plus forte valeur ajoutée. Ainsi, l'industrie pharmaceutique doit investir le terrain de la production plus résolument. D'autres industries seront redéployées comme celles de l'automobile autour de l'activité d'assemblage et de sous-traitance ou celle des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Le secteur de l'agroalimentaire ou celui des industries électriques et électroniques devraient connaître un redéploiement identique.
 

L'État mettra en œuvre des politiques d'encouragement et de promotion effectives, si ce redéploiement est le fait d'investisseurs et d'entrepreneurs nationaux ou internationaux.
 

Mesdames et Messieurs,
 

Je voudrais maintenant souligner le caractère essentiel de la structuration spatiale du développement industriel, car il s'agit là d'un enjeu majeur en matière de développement économique et d'attraction de l'investissement.
 

Une approche extensive de l'industrialisation par une sorte de « saupoudrage » des investissements ne donne pas les résultats escomptés en matière d'efficience et de densification du tissu industriel.
 

Le développement industriel doit être appréhendé en relation avec l'environnement et les acteurs économiques locaux. Il faut exploiter la concentration spatiale des activités économiques et la proximité des centres de recherche-formation pour développer les interactions et les coopérations horizontales entre les différents acteurs et organisations concernés par le développement de l'industrie.
 

Certaines régions du pays ont atteint un stade significatif de concentration d'entreprises, de densité des infrastructures et de centres de recherche et de formation.

 

Pourtant, ces différentes structures évoluent sans bénéficier de la synergie que leur proximité spatiale peut créer. A chaque fois que les conditions existent, il faut donc bâtir de véritables zones d'activités industrielles intégrées en mettant en place un système réactif mettant en relation les entreprises entre elles d'une part, et les entreprises et les centres de formation et de recherche d'autre part.
 

Cela ne pourra se faire sans une mobilisation à l'intérieur de ces zones des acteurs institutionnels de la région (qu'ils soient administratifs ou élus) qui devront oeuvrer à créer un véritable micro climat d'affaires. C'est cette démarche qui incitera l'investissement national ou étranger à s'y implanter. Et ce sont ces espaces productifs intégrés qui constitueront également un puissant instrument de développement de par les effets d'entraînement qu'ils exerceront sur leur environnement et sur les autres secteurs de l'économie.
 

Cette politique veillera évidemment au respect de notre option fondamentale de développement équilibré du pays, par une diffusion étendue des effets de la croissance des pôles industriels dans les différentes régions.
 

Mesdames et Messieurs,
 

Une stratégie industrielle n'est pas seulement le choix de branches considérées comme nécessaires et donc prioritaires. Aujourd'hui, l'industrialisation ne peut plus être considérée seulement comme une accumulation de capital physique. Dans le cas précis de notre économie, elle implique l'émergence et la consolidation d'avantages fondés notamment sur l'innovation et les ressources humaines qui sont des fondements majeurs de tout projet industriel.
 

Du fait du rapport de forces qui prévaut sur le marché international et de la faible capacité de nos entreprises à absorber et à développer les technologies produites par et pour les économies développées, l'intervention de l'État est nécessaire pour promouvoir une politique systématique de promotion et de développement du progrès technique, car le risque est grand de voir aujourd'hui le fossé technologique s'élargir davantage. Nous devons mobiliser tous nos atouts pour réduire la fracture technologique et faire en sorte que nous puissions nous placer du bon côté de la frontière.
 

C'est en cela qu'il faut définir le rôle de l'Université et mesurer son efficacité. C'est en cela qu'il faut également mesurer la productivité de nos centres de recherches. C'est cela aussi que nos entreprises doivent définitivement prendre en compte. Des résultats positifs commencent à être enregistrés comme en ce qui concerne le nombre de laboratoires de recherche, bien qu'ils restent insuffisants au regard des efforts consentis. Mais, l'université et la recherche scientifique doivent sortir de leur tour d'ivoire pour aller à la rencontre de l'entreprise. Les relations entre l'entreprise et la recherche à l'Université doivent absolument être décloisonnées à tous les niveaux.
 

En bref, il est nécessaire que le pays se dote d'un véritable système national d'innovation. Celui-ci permettra précisément de faire la jonction entre les centres de recherche et les besoins de l'entreprise. L'État favorisera cette synergie entre ces différents partenaires et créera l'élan nécessaire au développement de l'apprentissage technologique et de l'innovation.
 

Le renouveau industriel de notre pays aura incontestablement pour socle principal le capital humain. Le cloisonnement qui existe encore entre l'espace productif et l'espace de production des compétences et des qualifications provient du fait d'un enseignement qui reste largement de nature théorique et insuffisamment ouvert sur les besoins de l'industrie et de l'économie en général.
 

Si l'État consent des budgets énormes pour l'éducation à tous les niveaux, il est en droit d'en attendre un impact significatif sur ses performances et surtout sur celles de l'économie.
 

Rappelons que, par le passé, la ville de Boumerdès était complètement dédiée à la formation des ingénieurs, des managers et des techniciens de l'industrie. Plusieurs instituts et écoles spécialisés y étaient domiciliés et fournissaient à l'industrie ses meilleurs cadres et qualifications. Ces institutions se sont distinguées par des actions significatives dans la production des ressources humaines. Ces actions doivent aujourd'hui être évaluées et reconduites. Notre pays ne peut plus se permettre d'avoir un système de formation sans relation avec le système économique pour produire des diplômés chômeurs.
 

Si l'État a un rôle essentiel dans l'éducation et la formation, les grandes entreprises, nationales et étrangères, doivent également s'impliquer directement dans la formation technique des travailleurs et contribuer ainsi à cette adéquation entre la formation et l'économie.
 

Le développement des ressources humaines se traduira par la formation d'une nouvelle élite dont les ingénieurs, les gestionnaires, les techniciens, les économistes, les cadres et les chercheurs doivent constituer la colonne vertébrale. Beaucoup d'ingénieurs, d'universitaires, de cadres sont ici présents dans cette enceinte. Je voudrais en profiter pour dire qu'il faut redonner à notre intelligentsia, c'est-à-dire à cette intelligence collective, la place et le rôle qui doivent être les siennes dans le développement économique.
 

Mesdames et Messieurs,
 

Nous disposons déjà d'un vaste parc industriel essentiellement constitué de PME/PMI. C'est un secteur grand pourvoyeur d'emploi. Il sera appelé à porter le développement du pays. Étant donné la concurrence à laquelle elles sont soumises sur le marché national, les entreprises algériennes doivent être mises en mesure d'affronter cette compétition. Cette mutation demande une intervention de l'État, les entreprises, dans leur très grande majorité, ne pouvant le faire d'une manière spontanée et avec leurs seuls moyens. Il s'agira d'abord de lever la triple contrainte à laquelle elles se trouvent confrontées par rapport aux pratiques bureaucratiques, au foncier industriel et au marché des capitaux. Une politique publique d'accompagnement des entreprises est nécessaire pour qu'elles se mettent à niveau.
 

Des programmes de mise à niveau ont été lancés avec l'assistance internationale. Le bilan de ces programmes aujourd'hui n'est pas à la hauteur des attentes.
Il faut donner aux programmes de mise à niveau l'importance qui doit être la leur. Ce sont des milliers d'entreprises qui devraient effectivement être mises à niveau et il appartient aux pouvoirs publics de dégager les moyens financiers nécessaires à ces programmes et d'amener les entreprises à y souscrire.
 

Notre objectif est de voir l'émergence de leaders économiques réels, que ce soit au niveau du secteur privé ou du secteur public. Les pouvoirs publics sont là pour favoriser et accompagner cette émergence d'entreprises qui seront appelées, en retour, à encourager plus résolument le développement industriel.

Mesdames et Messieurs,
 

A cette phase de développement de l'économie nationale, l'investissement direct étranger peut s'avérer un instrument privilégié de l'acquisition de la technologie internationale.
 

Ce qui est nécessaire, c'est de se doter d'une politique en la matière. Une politique précise qui ne laisse pas de place à l'improvisation et qui s'inscrit dans un redéploiement de l'appareil national de production dans la perspective d'une croissance durable.
 

Il faut cependant être conscient que si l'investissement direct étranger peut être une source importante de compétitivité et de croissance pour les pays en développement, il ne peut être perçu comme une fin en soi. La politique des investissements directs étrangers ne doit pas substituer l'action des acteurs étrangers à celle des acteurs nationaux publics et privés. La politique d'attractivité de l'investissement direct étranger ne doit pas perdre de vue que les acteurs nationaux doivent être fortement impliqués dans la promotion du développement national. Car il est clair que l'attraction des investissements directs étrangers et leur pérennité dépendront de la capacité de notre économie à mobiliser ses propres ressources.
 

Cependant, les retards accusés par le secteur industriel, la lenteur de l'investissement dans les entreprises publiques économiques et le manque d'engagement des opérateurs privés dans les grands projets caractérisés par un retour sur investissement lent, interpellent aujourd'hui, les pouvoirs publics à l'effet d'organiser les synergies nécessaires pour mobiliser les capacités nationales et étrangères dans le cadre d'une stratégie réaliste, à même de doter notre économie d'un secteur industriel moderne.
 

L'implication de l'État dans la mise en oeuvre de la stratégie industrielle ne signifie nullement un retour à l'économie centralisée ou à la situation du « tout-État ».
 

Le secteur public marchand, compte tenu de son importance actuelle dans les différentes branches, sera tenu de contribuer fortement à la mise en oeuvre de la stratégie industrielle du pays.
 

Les grandes entreprises publiques économiques sont appelées à renforcer leurs investissements et à se mettre à niveau, notamment par un recours appuyé au partenariat avec le secteur privé national et étranger. Le désengagement de l'État de la sphère marchande se réalisera progressivement en commençant par les petites et moyennes entreprises publiques.
 

De même, le secteur privé est appelé à intégrer pleinement la réalisation de la stratégie industrielle qui contribuera à la construction d'une économie forte et compétitive, capable de soutenir le développement du pays au bénéfice des générations actuelles et futures. L'État poursuivra sa politique qui vise à réunir les conditions d'un environnement favorable à l'entreprise et à l'investissement, en mettant l'accent particulièrement sur la réalisation des grandes infrastructures économiques et sociales, la formation des ressources humaines qualifiées et la création d'un cadre institutionnel encourageant le travail productif et la primauté de l'effort.
 

Mesdames et Messieurs,
 

La recherche d'une productivité économique élevée signifie un cadre stratégique de développement industriel dont la formulation comme la mise en œuvre impliquent l'intervention et la coopération des différents agents nationaux, c'est-à-dire le gouvernement, les hommes d'affaires, les gestionnaires des entreprises publiques, les banques, les partenaires sociaux. Une économie ne peut être compétitive que si l'ensemble socio-économique national y adhère, mobilisé autour d'un projet de développement industriel forcément complexe et diversifié et donc d'une stratégie industrielle flexible et consensuelle.
 

Cette concertation ne doit pas être seulement occasionnelle. Elle doit être permanente car elle permet d'évaluer et de réajuster nos priorités et nos choix industriels. La tenue de ces assises de même que les discussions et les débats auxquels vous êtes conviés sont une première concrétisation de ce choix.
 

Le moment est ainsi venu de regrouper nos efforts autour du projet de développement industriel. Si l'État est appelé à fournir aux entrepreneurs la matrice d'incitation et d'appui nécessaires, il attend d'eux, à travers un véritable contrat avec la Nation, de témoigner de l'esprit et du sens de responsabilité qui est le leur afin que l'entreprise soit réhabilitée dans sa fonction de création de richesse.
 

Je vous souhaite un plein succès dans vos travaux.