Allocution de Monsieur Abdelaziz BELKHADEM aux Assises nationales sur l'industrie
(Discours du Président Abdelaziz BOUTEFLIKA )
« ASSISES NATIONALES SUR L'INDUSTRIE »
Alger, Palais des Nations
Le 26 février 2007
Le
chef du Gouvernement, M. Abdelaziz BELKHADEM, a lu lundi à l'ouverture des
premières Assises nationales sur l'Industrie, une allocution du Président de la
République, M. Abdelaziz BOUTEFLIKA, à l'adresse des participants. Voici le
texte intégral de cette allocution :
''Mesdames, Messieurs,
J'ai grand plaisir à être parmi vous à l'occasion de l'ouverture de ces Assises qui revêtent une grande importance pour l'avenir de notre économie nationale du fait qu'elles s'assignent pour objet d'approfondir le débat, dans un cadre concerté entre pouvoirs publics, opérateurs et partenaires sociaux en général, sur le développement du secteur industriel.
La stratégie de relance et de développement industriels s'inscrit dans notre stratégie économique globale qui repose sur une vision nouvelle du devenir de notre économie et de notre société, et qui est fondée sur la liberté d'entreprise, la rationalisation économique et le renforcement du système de solidarité sociale.
La paix, la stabilité et la cohésion sociales sont des déterminants essentiels de la croissance économique et constituent, avec le rétablissement des grands équilibres macro-économiques et la réhabilitation de l'État, le socle sur lequel peuvent se consolider la démocratie et le développement économique et social.
Notre première priorité est allée à la réconciliation et au rétablissement de la concorde civile. La paix revenue, il était nécessaire de renforcer la cohésion sociale en assurant, avec le Programme de Soutien à la Relance Économique, le redémarrage des activités économiques notamment sur le plan local.
Mais le développement économique durable exige des bases stables pour l'économie nationale. Notre deuxième priorité a donc été de mettre en place les conditions d'une stabilité macro-économique dans une perspective de moyen terme, car nous devons nous assurer que nos populations ne connaîtront plus jamais ces retournements économiques qui ont conduit à une crise financière majeure.
Une telle politique nécessite un État efficient et un appareil d'État dynamique. Il fallait donc rétablir l'État dans son statut de responsable des objectifs économiques à moyen et long termes et dans son rôle d'initiateur et promoteur du programme de transformation et de développement de l'économie nationale. Il fallait également mettre en place un cadre et des mécanismes de concertation tel que le Pacte Économique et Social avec les opérateurs économiques.
La stabilité politique et sociale ne peut assurer le développement durable sans la mise en oeuvre et la réussite d'un projet économique réaliste mais audacieux.
C'est ainsi que l'industrialisation, c'est-à-dire le développement dense d'activités industrielles interdépendantes, doit s'insérer dans notre objectif d'assurer à notre société une progression sans heurts vers la paix et la prospérité.
Mesdames et Messieurs,
La stratégie nationale de croissance économique doit naturellement prendre en
considération les grandes mutations de l'économie mondiale.
Les pays développés et leurs entreprises multinationales, tout en continuant à
dominer le marché, n'ont plus le monopole de la technologie et du savoir-faire.
De grandes entreprises basées dans les pays du Sud deviennent des acteurs
majeurs sur le marché mondial.
Ainsi, pour la première fois, depuis deux siècles, le rapport de force Nord-Sud commence à changer et cette tendance non seulement se maintiendra, mais elle sera renforcée et rendue irréversible. La meilleure démonstration en est apportée par la situation de l'économie mondiale qui affiche une croissance soutenue grâce aux performances des pays émergents. En tous les cas, la situation structurelle du marché mondial est favorable aux pays du Sud dans le sens où elle permet la démultiplication des acteurs, la diffusion du pouvoir et des moyens d'action, faisant de chacun d'eux un acteur potentiel dans les relations économiques internationales.
Je ne citerai, de ce nouveau contexte international, que quatre conséquences significatives pour notre pays :
Des entreprises multinationales du Sud ont la capacité d'entrer en compétition avec les grandes multinationales traditionnelles ;
L'opposition Nord-Sud cède de plus en plus le pas à une distinction entre
les pays émergents qui ont pu, en réformant leur économie, tirer avantage
des transformations de l'économie mondiale, et les autres pays qui n'ont pas
pu ou su mener à terme les réformes structurelles nécessaires pour devenir
compétitifs ;
L'innovation et l'expertise distinguent désormais les économies nationales
capables de soutenir une croissance endogène et celles qui sont dans une
situation de fragilité permanente, même si elles disposent, par ailleurs, de
ressources naturelles ou financières importantes. Ainsi, un nouveau clivage
se dessine : le monde compte des économies dominantes et efficientes du fait
de la maîtrise de l'innovation (économies développées et économies
émergentes) et des économies non efficientes, en transition permanente ;
L'investissement direct étranger devient un vecteur important dans le transfert et la maîtrise de la technologie. Il peut provenir des pays du Sud dont les intérêts convergent avec les nôtres.
Mesdames et Messieurs,
Notre paradoxe est que notre économie bénéficie d'un taux d'investissement qui a été et qui reste encore un des plus élevés alors que ses performances sont insuffisantes pour assurer un décollage définitif.
L'explication d'un tel paradoxe est à rechercher dans la structuration du cadre de fonctionnement de notre économie. Nous devons transformer notre système économique si nous voulons que les investissements nationaux s'accroissent, que nos entreprises deviennent plus efficientes et notre taux de croissance atteigne les niveaux nécessaires pour un développement durable.
C'est là que réside le cœur de notre stratégie de croissance économique. La
réussite des politiques de profonde transformation que nous avons engagées pour
lever les rigidités de notre économie est absolument nécessaire. Je rappelle que
ces politiques, toutes mises en œuvre maintenant, concernent l'émergence d'un
marché financier diversifié et intégré, la constitution et la consolidation d'un
marché transparent du foncier économique, le renforcement de la transparence et
du caractère concurrentiel du marché. La création et le développement de ces
marchés sont étroitement liés à la mise en oeuvre des initiatives prises en ce
qui concerne la modernisation et la réhabilitation des rouages administratifs de
l'État et du système judiciaire. Cette mise en oeuvre doit être accompagnée du
développement significatif des ressources humaines et du développement des
infrastructures nationales inscrites dans notre Programme quinquennal.
Notre but est d'assurer une croissance économique durable, de résorber le
chômage et de relever le niveau de vie et de bien-être de notre population. Le
chemin que nous avons choisi n'est pas le plus simple ni le plus facile. Mais il
est à la mesure de notre histoire et de notre volonté.
L'industrie sera pour nous un instrument puissant si nous voulons être à la
hauteur de nos ambitions politiques et stratégiques dans la sous-région
méditerranéenne. Avec nos ressources naturelles et notre expérience en matière
d'industrialisation, nous avons largement les moyens de relever ce défi.
Mais, Mesdames et Messieurs,
Le
choix de l'industrie comme secteur stratégique se justifie au moins pour quatre
raisons :
C'est
le secteur qui, en puissance, entraîne et structure l'appareil de production
national ; l'industrialisation est en fait un levier pour la généralisation des
activités et de l'emploi dans les autres secteurs de l'économie nationale,
notamment ceux des services et de l'agriculture ;
L'industrie est aussi un vivier technologique de par sa capacité à produire et à
diffuser l'innovation technique à l'ensemble de l'économie ;
L'industrie est le meilleur garant d'une croissance stable à l'abri des brusques
retournements de la production et des cours des hydrocarbures;
Enfin,
l'industrie confère à notre pays et aux entreprises nationales des atouts sur le
marché mondial dans les négociations sur un transfert de valeur ajoutée.
Nous
pouvons considérer que la période 2000-2004 n'était pas une période de
croissance, mais une période de stabilisation et, sur le plan économique, de
clarification doctrinale. Durant cette période, nous avons pu refonder le cadre
juridique économique et le mettre en adéquation avec les références et les
pratiques internationales, lever les confusions institutionnelles et mettre en
cohérence les politiques publiques. Enfin, l'entreprise a été mise au centre des
actions de relèvement de la productivité.
Cette
vaste entreprise de recentrage de l'économie nationale a concerné directement le
secteur industriel : ainsi, le taux de croissance du secteur manufacturier, bien
que très faible, est maintenant positif. La part de l'industrie dans la
production nationale (qui est de l'ordre de 6 % et se situe à un niveau bien
inférieur à celui de l'industrie dans les pays de la sous-région ), reste encore
faible. Pourtant, ce secteur recèle des potentialités importantes. La phase qui
s'est ouverte en 2005, et qui a accéléré la transformation structurelle du cadre
de fonctionnement de l'économie nationale, doit donner maintenant à nos
entreprises l'impulsion supplémentaire pour prendre leur essor.
Proposer une politique industrielle revient à faire le choix entre deux options
: (i) réformer seulement l'environnement institutionnel et économique national
et suivre les recommandations des Institutions Financières Internationales à
savoir, laisser les agents économiques et les investisseurs décider
souverainement de leurs choix et les forces du marché jouer librement ou (ii)
alternativement, adopter un programme qui cible certaines filières industrielles
en vue de leur promotion, compte tenu de leurs effets d'entraînement, de leur
compétitivité et des objectifs d'exportation de la Nation.
L'expérience montre que le marché seul n'assure pas la meilleure affectation des
ressources pas plus que la gestion étatique seule. Dès lors, il faut mettre le
marché en situation de transparence et d'efficience, l'État devant intervenir
pour corriger les défaillances du marché et faire pleinement jouer les
externalités. Il a, dans ce cas, besoin d'un cadre de politique publique
clairement formulé.
L'État
a d'autant plus besoin d'un tel cadre que notre économie traverse une période de
transformation profonde. L'intervention de l'État, dans cette perspective, ne
traduit pas un désir de revenir à des méthodes de gestion de l'économie dirigée,
mais elle permettra de disposer d'objectifs et de moyens pour encourager et
amener les entreprises nationales vers des conditions optimales de production,
assurer une redistribution des revenus qui encourage la croissance et de définir
au mieux le positionnement international de notre économie.
En
clarifiant les directions fondamentales de notre processus global
d'industrialisation, la stratégie de relance industrielle permettra de préciser
la nature de nos objectifs et des moyens nécessaires pour assurer notre avenir
économique. Cette plus grande visibilité est un élément essentiel non seulement
pour la cohérence de la stratégie de développement économique globale mais
également pour la promotion de l'investissement national et étranger.
Par
ailleurs, compte tenu de la structure actuelle de notre système de production,
la promotion des exportations hors hydrocarbures et le relèvement du poids de
l'industrie dans la production nationale doivent être des objectifs essentiels
en vue de diminuer la vulnérabilité de notre économie et réduire sa dépendance
des hydrocarbures. Nous disposons pour cela d'un certain nombre d'atouts tels
que la disponibilité de ressources naturelles stratégiques, particulièrement le
gaz, de jeunes cadres formés, d'un coût salarial compétitif et, enfin, d'une
histoire et d'une expérience industrielle de plusieurs décennies qui appellent à
être capitalisées.
Notre
stratégie de développement industriel doit s'inscrire dans le prolongement et la
continuité des réformes économiques que nous avons lancées. Cette stratégie
devrait également permettre à notre pays de s'insérer dans le marché
international sur des bases de compétitivité.
Notre
économie nationale est nécessairement influencée par le rythme rapide des
innovations et du développement de la technologie, de même que par
l'internationalisation de plus en plus poussée des activités économiques. Les
réalités du monde actuel rendent nécessaire le recours à des stratégies
industrielles nouvelles fondées non seulement sur l'accumulation du capital
physique, mais également sur la préparation d'un terrain favorable à la
constitution par les entreprises de capacités leur permettant d'affronter la
concurrence internationale.
Notre
stratégie de relance et de développement industriels a pour objectif essentiel
de mettre l'économie nationale en état de s'industrialiser d'une manière
endogène et spontanée. De ce fait, la stratégie de relance et de développement
industriels obéit aux principes de base suivants :
La
stratégie doit s'inscrire dans un espace supra national. Le développement des
activités industrielles doit aller au-delà du seul cadre du marché national.
Elle
doit s'inscrire dans une stratégie globale plus vaste qui vise à faire de notre
pays un centre compétitif efficient, créateur de valeur ajoutée élevée à travers
la transformation du système économique et un développement significatif des
infrastructures et des ressources humaines.
Elle
doit s'appuyer sur les avantages naturels dont nous disposons mais aller
également à la généralisation de l'innovation, au progrès technique et au
développement des ressources humaines expertes, en recourant à la mobilisation
de l'investissement direct étranger.
L'implication de l'État dans la relance industrielle impose pour lui un choix
des branches industrielles à promouvoir.
Bien
entendu, tout investisseur reste libre, comme le stipule la loi, d'opter pour
l'activité industrielle qu'il souhaite et dans les conditions qu'il choisit tout
en bénéficiant des avantages prévus par les dispositifs d'encouragement à
l'investissement ; mais le gouvernement se charge plus particulièrement de
promouvoir les industries qui permettent de relancer les grands chantiers
économiques visant à exploiter et à valoriser, de façon compétitive, nos
ressources naturelles et humaines et qui donnent la possibilité à notre économie
de reprendre pied sur le marché international et notamment sous-régional, du
fait de notre appartenance à l'Accord d'Association avec l'Union Européenne et
au poids qu'occupe l'Europe dans notre balance commerciale.
Le
pays doit retrouver sa place de leader régional dans la pétrochimie, dans la
production d'engrais et faire revivre ses industries sidérurgiques et
métallurgiques puisqu'il dispose des ressources naturelles nécessaires pour
cela. De plus, le développement de ces filières permettra de développer en aval
les industries dérivées qui irrigueront le tissu économique.
D'un autre côté, l'activité industrielle ne doit plus rester confinée dans les
activités de conditionnement et d'emballage ou de la dernière transformation des
produits. Ces filières doivent être redéployées vers les segments d'activité
plus en amont et à plus forte valeur ajoutée. Ainsi, l'industrie pharmaceutique
doit investir le terrain de la production plus résolument. D'autres industries
seront redéployées comme celles de l'automobile autour de l'activité
d'assemblage et de sous-traitance ou celle des nouvelles technologies de
l'information et de la communication. Le secteur de l'agroalimentaire ou celui
des industries électriques et électroniques devraient connaître un redéploiement
identique.
L'État
mettra en œuvre des politiques d'encouragement et de promotion effectives, si ce
redéploiement est le fait d'investisseurs et d'entrepreneurs nationaux ou
internationaux.
Mesdames et Messieurs,
Je
voudrais maintenant souligner le caractère essentiel de la structuration
spatiale du développement industriel, car il s'agit là d'un enjeu majeur en
matière de développement économique et d'attraction de l'investissement.
Une
approche extensive de l'industrialisation par une sorte de « saupoudrage » des
investissements ne donne pas les résultats escomptés en matière d'efficience et
de densification du tissu industriel.
Le
développement industriel doit être appréhendé en relation avec l'environnement
et les acteurs économiques locaux. Il faut exploiter la concentration spatiale
des activités économiques et la proximité des centres de recherche-formation
pour développer les interactions et les coopérations horizontales entre les
différents acteurs et organisations concernés par le développement de
l'industrie.
Certaines régions du pays ont atteint un stade significatif de concentration d'entreprises, de densité des infrastructures et de centres de recherche et de formation.
Pourtant, ces différentes structures évoluent sans bénéficier de la synergie que
leur proximité spatiale peut créer. A chaque fois que les conditions existent,
il faut donc bâtir de véritables zones d'activités industrielles intégrées en
mettant en place un système réactif mettant en relation les entreprises entre
elles d'une part, et les entreprises et les centres de formation et de recherche
d'autre part.
Cela
ne pourra se faire sans une mobilisation à l'intérieur de ces zones des acteurs
institutionnels de la région (qu'ils soient administratifs ou élus) qui devront
oeuvrer à créer un véritable micro climat d'affaires. C'est cette démarche qui
incitera l'investissement national ou étranger à s'y implanter. Et ce sont ces
espaces productifs intégrés qui constitueront également un puissant instrument
de développement de par les effets d'entraînement qu'ils exerceront sur leur
environnement et sur les autres secteurs de l'économie.
Cette
politique veillera évidemment au respect de notre option fondamentale de
développement équilibré du pays, par une diffusion étendue des effets de la
croissance des pôles industriels dans les différentes régions.
Mesdames et Messieurs,
Une
stratégie industrielle n'est pas seulement le choix de branches considérées
comme nécessaires et donc prioritaires. Aujourd'hui, l'industrialisation ne peut
plus être considérée seulement comme une accumulation de capital physique. Dans
le cas précis de notre économie, elle implique l'émergence et la consolidation
d'avantages fondés notamment sur l'innovation et les ressources humaines qui
sont des fondements majeurs de tout projet industriel.
Du
fait du rapport de forces qui prévaut sur le marché international et de la
faible capacité de nos entreprises à absorber et à développer les technologies
produites par et pour les économies développées, l'intervention de l'État est
nécessaire pour promouvoir une politique systématique de promotion et de
développement du progrès technique, car le risque est grand de voir aujourd'hui
le fossé technologique s'élargir davantage. Nous devons mobiliser tous nos
atouts pour réduire la fracture technologique et faire en sorte que nous
puissions nous placer du bon côté de la frontière.
C'est
en cela qu'il faut définir le rôle de l'Université et mesurer son efficacité.
C'est en cela qu'il faut également mesurer la productivité de nos centres de
recherches. C'est cela aussi que nos entreprises doivent définitivement prendre
en compte. Des résultats positifs commencent à être enregistrés comme en ce qui
concerne le nombre de laboratoires de recherche, bien qu'ils restent
insuffisants au regard des efforts consentis. Mais, l'université et la recherche
scientifique doivent sortir de leur tour d'ivoire pour aller à la rencontre de
l'entreprise. Les relations entre l'entreprise et la recherche à l'Université
doivent absolument être décloisonnées à tous les niveaux.
En
bref, il est nécessaire que le pays se dote d'un véritable système national
d'innovation. Celui-ci permettra précisément de faire la jonction entre les
centres de recherche et les besoins de l'entreprise. L'État favorisera cette
synergie entre ces différents partenaires et créera l'élan nécessaire au
développement de l'apprentissage technologique et de l'innovation.
Le
renouveau industriel de notre pays aura incontestablement pour socle principal
le capital humain. Le cloisonnement qui existe encore entre l'espace productif
et l'espace de production des compétences et des qualifications provient du fait
d'un enseignement qui reste largement de nature théorique et insuffisamment
ouvert sur les besoins de l'industrie et de l'économie en général.
Si
l'État consent des budgets énormes pour l'éducation à tous les niveaux, il est
en droit d'en attendre un impact significatif sur ses performances et surtout
sur celles de l'économie.
Rappelons que, par le passé, la ville de Boumerdès était complètement dédiée à la
formation des ingénieurs, des managers et des techniciens de l'industrie.
Plusieurs instituts et écoles spécialisés y étaient domiciliés et fournissaient
à l'industrie ses meilleurs cadres et qualifications. Ces institutions se sont
distinguées par des actions significatives dans la production des ressources
humaines. Ces actions doivent aujourd'hui être évaluées et reconduites. Notre
pays ne peut plus se permettre d'avoir un système de formation sans relation
avec le système économique pour produire des diplômés chômeurs.
Si
l'État a un rôle essentiel dans l'éducation et la formation, les grandes
entreprises, nationales et étrangères, doivent également s'impliquer directement
dans la formation technique des travailleurs et contribuer ainsi à cette
adéquation entre la formation et l'économie.
Le
développement des ressources humaines se traduira par la formation d'une
nouvelle élite dont les ingénieurs, les gestionnaires, les techniciens, les
économistes, les cadres et les chercheurs doivent constituer la colonne
vertébrale. Beaucoup d'ingénieurs, d'universitaires, de cadres sont ici présents
dans cette enceinte. Je voudrais en profiter pour dire qu'il faut redonner à
notre intelligentsia, c'est-à-dire à cette intelligence collective, la place et
le rôle qui doivent être les siennes dans le développement économique.
Mesdames et Messieurs,
Nous
disposons déjà d'un vaste parc industriel essentiellement constitué de PME/PMI.
C'est un secteur grand pourvoyeur d'emploi. Il sera appelé à porter le
développement du pays. Étant donné la concurrence à laquelle elles sont soumises
sur le marché national, les entreprises algériennes doivent être mises en mesure
d'affronter cette compétition. Cette mutation demande une intervention de
l'État, les entreprises, dans leur très grande majorité, ne pouvant le faire
d'une manière spontanée et avec leurs seuls moyens. Il s'agira d'abord de lever
la triple contrainte à laquelle elles se trouvent confrontées par rapport aux
pratiques bureaucratiques, au foncier industriel et au marché des capitaux. Une
politique publique d'accompagnement des entreprises est nécessaire pour qu'elles
se mettent à niveau.
Des
programmes de mise à niveau ont été lancés avec l'assistance internationale. Le
bilan de ces programmes aujourd'hui n'est pas à la hauteur des attentes.
Il faut donner aux programmes de mise à niveau l'importance qui doit être la
leur. Ce sont des milliers d'entreprises qui devraient effectivement être mises
à niveau et il appartient aux pouvoirs publics de dégager les moyens financiers
nécessaires à ces programmes et d'amener les entreprises à y souscrire.
Notre
objectif est de voir l'émergence de leaders économiques réels, que ce soit au
niveau du secteur privé ou du secteur public. Les pouvoirs publics sont là pour
favoriser et accompagner cette émergence d'entreprises qui seront appelées, en
retour, à encourager plus résolument le développement industriel.
Mesdames et Messieurs,
A
cette phase de développement de l'économie nationale, l'investissement direct
étranger peut s'avérer un instrument privilégié de l'acquisition de la
technologie internationale.
Ce qui
est nécessaire, c'est de se doter d'une politique en la matière. Une politique
précise qui ne laisse pas de place à l'improvisation et qui s'inscrit dans un
redéploiement de l'appareil national de production dans la perspective d'une
croissance durable.
Il
faut cependant être conscient que si l'investissement direct étranger peut être
une source importante de compétitivité et de croissance pour les pays en
développement, il ne peut être perçu comme une fin en soi. La politique des
investissements directs étrangers ne doit pas substituer l'action des acteurs
étrangers à celle des acteurs nationaux publics et privés. La politique
d'attractivité de l'investissement direct étranger ne doit pas perdre de vue que
les acteurs nationaux doivent être fortement impliqués dans la promotion du
développement national. Car il est clair que l'attraction des investissements
directs étrangers et leur pérennité dépendront de la capacité de notre économie
à mobiliser ses propres ressources.
Cependant, les retards accusés par le secteur industriel, la lenteur de
l'investissement dans les entreprises publiques économiques et le manque
d'engagement des opérateurs privés dans les grands projets caractérisés par un
retour sur investissement lent, interpellent aujourd'hui, les pouvoirs publics à
l'effet d'organiser les synergies nécessaires pour mobiliser les capacités
nationales et étrangères dans le cadre d'une stratégie réaliste, à même de doter
notre économie d'un secteur industriel moderne.
L'implication de l'État dans la mise en oeuvre de la stratégie industrielle ne
signifie nullement un retour à l'économie centralisée ou à la situation du «
tout-État ».
Le
secteur public marchand, compte tenu de son importance actuelle dans les
différentes branches, sera tenu de contribuer fortement à la mise en oeuvre de
la stratégie industrielle du pays.
Les
grandes entreprises publiques économiques sont appelées à renforcer leurs
investissements et à se mettre à niveau, notamment par un recours appuyé au
partenariat avec le secteur privé national et étranger. Le désengagement de
l'État de la sphère marchande se réalisera progressivement en commençant par les
petites et moyennes entreprises publiques.
De
même, le secteur privé est appelé à intégrer pleinement la réalisation de la
stratégie industrielle qui contribuera à la construction d'une économie forte et
compétitive, capable de soutenir le développement du pays au bénéfice des
générations actuelles et futures. L'État poursuivra sa politique qui vise à
réunir les conditions d'un environnement favorable à l'entreprise et à
l'investissement, en mettant l'accent particulièrement sur la réalisation des
grandes infrastructures économiques et sociales, la formation des ressources
humaines qualifiées et la création d'un cadre institutionnel encourageant le
travail productif et la primauté de l'effort.
Mesdames et Messieurs,
La
recherche d'une productivité économique élevée signifie un cadre stratégique de
développement industriel dont la formulation comme la mise en œuvre impliquent
l'intervention et la coopération des différents agents nationaux, c'est-à-dire
le gouvernement, les hommes d'affaires, les gestionnaires des entreprises
publiques, les banques, les partenaires sociaux. Une économie ne peut être
compétitive que si l'ensemble socio-économique national y adhère, mobilisé
autour d'un projet de développement industriel forcément complexe et diversifié
et donc d'une stratégie industrielle flexible et consensuelle.
Cette
concertation ne doit pas être seulement occasionnelle. Elle doit être permanente
car elle permet d'évaluer et de réajuster nos priorités et nos choix
industriels. La tenue de ces assises de même que les discussions et les débats
auxquels vous êtes conviés sont une première concrétisation de ce choix.
Le
moment est ainsi venu de regrouper nos efforts autour du projet de développement
industriel. Si l'État est appelé à fournir aux entrepreneurs la matrice
d'incitation et d'appui nécessaires, il attend d'eux, à travers un véritable
contrat avec la Nation, de témoigner de l'esprit et du sens de responsabilité
qui est le leur afin que l'entreprise soit réhabilitée dans sa fonction de
création de richesse.
Je vous
souhaite un plein succès dans vos travaux.