L'événement
Intervention de
M. le Chef du Gouvernement
au sommet du NEPAD
22 Janvier 2006
Le Chef du gouvernement,
M. Ahmed OUYAHIA, est intervenu dimanche 22 janvier 2006 devant la 14eme session
du Comité des chefs d'État et de gouvernement pour la mise en oeuvre du NEPAD,
réunie à Khartoum.
Monsieur. le Président,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Je voudrais tout d'abord vous faire part des sincères regrets de son Excellence
le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA de ne pouvoir être personnellement parmi vous
à cette 14ème session du comité des Chefs d'Etat et de Gouvernement pour la mise
en oeuvre du NEPAD, cette initiative dans laquelle il s'est pleinement investi
aux côtés de ses frères et pairs.
Votre frère le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA vous transmet ses chaleureuses
félicitations et ses voeux les meilleurs pour le succès de cette rencontre.
Pour ma part, je tiens d'abord à vous présenter, M. le Président, les
félicitations de la délégation algérienne pour la haute qualité du rapport que
vous nous avez présenté sur les activités entrant dans le cadre de la mise en
oeuvre du NEPAD.
Ce document atteste les progrès incontestables réalisés dans la concrétisation
de cette initiative authentiquement africaine, pour le développement multiforme
du continent.
L'Algérie en partage le
constat et y puise un surcroît d'enthousiasme pour s'investir encore davantage
dans ce processus, aux côtés des pays africains frères.
De fait, la
paix et la stabilité sur le continent, qui sont nos préoccupations premières,
ont enregistré des progrès encourageants.
La capacité de mobilisation de notre continent s'est accrue et se consolide
chaque année davantage, à l'image de l'attention portée par le conseil de paix
et de sécurité aux conflits encore persistants et de son influence de plus en
plus effective dans la réduction des tensions.
L'adhésion de la communauté internationale aux efforts de l'Afrique dans ce
domaine s'accroît et les appuis fournis se renforcent. Il nous reste à
promouvoir encore plus ce soutien extérieur tout en veillant à ce que nos
insuffisances logistiques ou financières ne soient pas une brèche à travers
laquelle l'autonomie d'action et de décision des africains en Afrique viendrait
à être de nouveau réduite.
En matière de développement, la volonté et l'action de l'Afrique s'affirment de
plus en plus.
Ainsi, dans un environnement international toujours difficile pour notre
continent, la croissance a été maintenue à un niveau honorable dans nombre de
pays, tout comme les déficits publics ont été contenus dans de nombreux États.
La bonne gouvernance enregistre des progrès, à l'image des adhésions croissantes
au mécanisme africain d'évaluation par les pairs qui vient de rentrer ce jour
même dans une phase véritablement opérationnelle, à travers l'examen des
rapports du Ghana et du Rwanda.
De la même manière, la démocratie ainsi que le respect des droits de l'homme et
des libertés fondamentales s'enracinent de plus en plus sur le continent, alors
que le suffrage universel devient réellement la véritable source de la
légitimité.
Ainsi, il y a à peine deux mois un peuple cher à nous tous, longtemps meurtri
par la guerre civile, a porté librement et démocratiquement une femme à la
magistrature suprême.
Je saisis cette occasion pour renouveler au nom de mon pays, nos sincères
félicitations à Madame Ellen Johnson SIRLEAF, Présidente du Libéria, et
l'assurer de la pleine disponibilité de l'Algérie à coopérer avec son
gouvernement pour le succès de sa noble mission.
En parallèle, l'édifice institutionnel mis en place par l'Acte Constitutif de
l'Union Africaine a enregistré de nouvelles avancées.
Le processus de fusion des cours africaines de justice et des droits de l'homme
et des peuples est désormais lancé, et mon pays s'honore d'en avoir accueilli la
première réunion de travail.
Les commissions économiques régionales progressent dans la quasi-totalité des
régions du continent.
Le lancement du Conseil Economique et Social africain a été réalisé, ouvrant
notamment la voie à l'apport de la société civile africaine qui représente un
potentiel formidable d'énergies ainsi qu'une force de propositions non
négligeable.
Le secteur privé africain et international regarde de plus positivement vers le
NEPAD et sa stratégie de développement. L'Algérie considère que c'est là un
acquis majeur pour le succès de notre démarche et pour le développement du
continent.
Le plan de développement de l'agriculture en Afrique connaît lui aussi un début
de mise en oeuvre encourageant.
Il en est de même pour la création du consortium international ainsi que du
Fonds panafricain de développement de l'infrastructure.
D'autres domaines ont également enregistré des progrès indéniables qui ne
manqueront pas d'avoir des retombées positives sur les peuples africains, à
l'image du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, du développement de
l'éducation à distance, du lancement des E-Ecoles, de la E-Gouvernance, de la
promotion de centres d'excellence dans le domaine des sciences et des
technologies, et de la prise en charge des questions de l'environnement
notamment au niveau des communautés économiques régionales. Ce sont là quelques
uns des motifs de légitime satisfaction à inscrire à l'actif du NEPAD.
Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Tous ces pas enregistrés par l'Afrique sur la voie du redressement et dans
lesquels le NEPAD a joué un rôle moteur, toute cette capacité d'initiative et de
suggestions concrètes que le NEPAD a pu cristalliser et porter, ont généré un
précieux capital de crédibilité que notre Continent a pu si heureusement
valoriser à travers chacune de ces démarches durant l'année écoulée.
Ainsi, le Sommet du G-8 tenu à Gleen Eagles a été réceptif à nombre de
préoccupations que l'Afrique a consignées durant son Sommet de Syrte.
En effet, le G-8 a décidé le doublement à terme de l'aide publique au
développement, l'annulation de la dette de 14 pays africains, un soutien plus
actif à la lutte contre les pandémies, ainsi que la suppression, à terme, des
subventions aux exportations de produits agricoles.
De la même manière, le Sommet mondial sur les Objectifs de Développement du
Millénaire s'est fait l'écho des préoccupations africaines, donnant l'alerte sur
le fait que notre continent reste le seul à ne pas être, généralement, en voie
de réaliser un seul des objectifs de Déclaration du Millénaire, cinq années
après son adoption. Reconnaissant les efforts investis par l'Afrique pour son
développement dans le cadre du NEPAD, ce Sommet a relevé l'urgente nécessité
pour la communauté internationale de les appuyer, provoquant ainsi pour la
première fois, l'adhésion de la Banque Mondiale à une demande de mobilisation de
25 milliards de dollars par année, jusqu'a l'horizon 2015, au bénéfice de
l'Afrique.
De son côté, la communauté européenne est convenue, en décembre dernier,
d’oeuvrer à l'instauration d'un partenariat stratégique avec l'Afrique à
l'horizon 2015, avec l'objectif d'appuyer les efforts du continent pour la
réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire.
Toutes ces percées au niveau de l'intérêt de la communauté internationale pour
le développement du continent constituent des signes encourageants, des mesures
louables mais assurément des actes encore insuffisants.
Ces percées constituent des progrès dont nous attendons désormais la
concrétisation de sorte à ce qu'elles ne s'ajoutent point à la longue liste des
déclarations de bonnes intentions et des promesses déjà servies à l'Afrique, au
fil des décennies, sans résultats significatifs."
L'Afrique ne saurait cependant se confiner dans l'attente de la bonne volonté de
ses partenaires. Elles doit elle également consolider sa confiance en elle-même,
persévérer dans ses initiatives, et maintenir intacte sa mobilisation.
A ce sujet, permettez-moi de partager avec vous quelques brèves réflexions.
Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
En premier lieu, je disais tantôt que nous sommes collectivement en devoir de
consolider notre confiance en nous-même collectivement, pour bannir le
pessimisme, préserver les acquis de notre continent et enfin les consolider dans
la rationalité.
Ainsi, nous avons entamé l'affirmation de notre autonomie de décision et
d'action dans la préservation de la paix et de la stabilité sur notre continent.
Il importe à présent pour nous de la conserver, de ne pas accepter sa remise en
cause dans toute situation, et de convaincre nos partenaires de nous aider au
lieu de viser à nous reprendre l'initiative en ce domaine.
De même, nous avons mis route, voilà cinq années, la construction de l'Union
africaine. Cela exige de nous tous de libérer totalement notre action respective
et collective, pour la concrétisation de ce grand projet, en veillant notamment
à mettre en place les institutions convenues et en oeuvrant à faire la synthèse
entre l'Acte Constitutif de l'Union et le Traité instituant la Communauté
économique africaine. C'est autour de ce cap convenu et maintenu que nous
avancerons plus rapidement. C'est également par une rigueur en concordance avec
nos moyens que nous nous éviterons à l'avenir de grave déception et de pénibles
déconvenues.
En second lieu, persévérer dans nos initiatives signifie pour nous puiser dans
notre action davantage encore dans les vertus de la patience nécessaire et de
l'engagement indispensable et c'est le cas, en ce qui concerne l'initiative du
NEPAD.
Cette initiative mérite d'abord d'être davantage expliquée et promue auprès des
opinions publiques africaines qui, dans la multitudes des difficultés qu'elles
rencontrent en matière de développement, et dans la pression de leurs
impatiences légitimes pour un mieux être tant attendu, doivent réaliser que le
NEPAD n'est pas et ne saurait être une formule magique pour le règlement
immédiat de toutes nos difficultés.
Le NEPAD mérite également d'être appréhendé par tous les Etats africains à la
lumière de réalités pas très lointaines.
En effet, cette initiative a offert à l'Afrique l'atout d'une vision de
développement qui, pour la première fois, est authentiquement africaine. Le
NEPAD a offert à l'Afrique et pour la première fois l'occasion de se présenter
en partenaire d'une solidarité fondée sur le donner et le recevoir.
Pour mesurer l'importance de cette avancée, gardons à l'esprit les rencontres
internationales tenues lors des décennies passées sur le développement de
l'Afrique, y compris à l'Assemblée Générale des Nations Unies, des rencontres où
l'Afrique était conviée uniquement à prendre acte de visions tracées ailleurs et
pour lesquels, au demeurant, les promesses reçues sont pour l'essentiel toujours
attendues.
Le NEPAD nous a offert ensemble un réceptacle pour une vision africaine de notre
intégration, il nous a offert à tous un cadre de promotion collective
d'objectifs nécessaires dans le monde contemporain, à l'image de l'amélioration
de la gouvernance, il a enfin offert à l'Afrique un véhicule actif pour porter
son message et ses revendications.
Par tout cela, le NEPAD aura en peu d'années, inscrit en lettres d'or des
résultats encourageants et incontestables, des résultats dans lesquels il nous
revient de puiser l'énergie nécessaire pour la patience inévitable mais aussi
pour la mobilisation indispensable.
En troisième et dernier lieu, maintenir intacte notre mobilisation s'entend par
la continuité dans notre plaidoirie juste et par la préservation de l'unité dans
nos démarches.
Aux Nations Unies se prépare une réforme cruciale et globale, à travers
laquelle, nous devons défendre les intérêts collectifs de notre continent, dans
l'unité et dans la fidélité à nos décisions communes, toutes nos décisions
communes, dont la perspicacité à être démontrée par leur continuité de Sommet
africain en Sommet africain.
En parallèle, le Forum pour le partenariat avec l'Afrique s'est engagé à
élaborer, au plus tard au mois d'Avril prochain, le Plan d'action conjoint entre
le G.8 d'une part et l'Union Africaine et le NEPAD d'autre part.
L'Algérie salue cette initiative généreuse de nos importants partenaires du G-8.
En même temps, elle considère que c'est là une opportunité durant laquelle
l'Afrique se doit, sans complexe et forte de ses efforts méritoires, clarifier
les termes de ce binôme établi entre le développement, d'une part, et la paix,
la stabilité, la démocratie et la bonne gouvernance, d'autre part.
La délégation algérienne aura demain l'occasion, au Sommet de notre Union, de
relever des arguments irréfragables quant aux coûts en vies humaines de nos
graves retards en matière de développement.
La réunion ce matin du forum des pays participants au mécanisme africain
d'évaluation par les pairs a été une occasion propice pour apprécier un bref
échantillon représenté par deux pays frères, quant aux progrès que l'Afrique
engrange en matière de paix, de stabilité, de démocratie, et de bonne
gouvernance.
Voilà pourquoi mon pays appelle à une mobilisation active et positivement
offensive de l'Afrique autour du projet de plan d'action conjoint entre notre
continent et le G-8.
Nous espérons que ce Plan d'action s'articule en un instrument contenant des
engagements concrets, y compris financiers, pris de part et d'autre, en faveur
du développement en Afrique.
Il devra aussi servir à la mobilisation des moyens nécessaires à la réalisation
des projets qui seront retenus, à en suivre la mise en oeuvre et à en faire
l'évaluation périodique.
Partant, ce plan d'action gagnerait à être une véritable feuille de route
commune qui contribuera à favoriser une plus étroite coopération avec nos
partenaires dans le développement, pour le bien être de l'Afrique et, ce
faisant, pour une prospérité davantage partagée entre tous.
Ce sont là, Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs, quelques
observations que la délégation algérienne a tenu à partager avec vous sur
l'évolution de notre action commune au sein du NEPAD, durant l'exercice passé et
pour les mois à venir.
Je vous remercie de votre attention".